Je m'appelle Charles Boulard, j'ai 16 ans et je suis le seul enfant de ma famille. Je fréquentais la grande école secondaire Darwin au centre-ville de Montréal. Je détestais 1’ école et, depuis un certain temps, je sentais grandir en moi une incroyable colère. Je ne savais pas d’où venait cette rage, mais je savais que je devais l’évacuer. Comment? Je l’ignorais totalement.

Le lendemain, je me rendis; à l’école comme tous les matins de la semaine. J’avais mauvaise mine, je ne parlais pas. Je me rendis en cours avec mon gros sac sur le dos. J’avais l’air si menaçant que le professeur osa à peine me regarder. Ce gros sac, je le portai toute la journée.

-    Mais que peut-il bien cacher dans un si gros sac? demanda un élève.

-    Je n’en ai pas la moindre idée mon cher! en répondit un autre.

Franchement, ne pas me demander était le choix le plus sage, car j’étais dans un état critique. L’heure du dîn~r arrivée, je me rendis à la cafétéria. J’ouvris brusquement la porte et tout le monde se rua au sol. Certains jeunes se mirent à courir à toutes jambes. C’était la panique totale. Un brave jeune homme monta sur la table et cria:

«Sauve qui peut!"

    Il eut à peine le temps de finir sa phrase qu’ il se retrouva au sol. Il venait d’être atteint par une balle au crâne.

-    Oh Seigneur! murmura une étudiante.

-    Quel taré! continua un autre étudiant.

    La cadence avait nettement augmenté, tous ceux qui essayaient de prendre la poudre d'escampette s'effondraient. La cruelle scène peignait carrément la chute d'un château de cartes.

    Je m'enfuis en sanglots dans une salle vide. Je repensais à ce qui venait de se produire. J'étais désemparé mais soulagé à la fois. Malheureusement, je réalisai que, jusqu'à la mot, je serais hanté par ces cris de frayeur et ces pleurs de douleur. Cet affreux incident értait le triste résultat de ma furie.