Il était une fois, dans un pays lointain, une pauvre vieille grand-mère qui

devait s’occuper seule de ses deux petits-enfants. En effet, depuis plusieurs

années sévissait dans le pays une terrible maladie qui avait décimé la plupart

des adultes dans la force de l’âge dont les parents de ses deux petits-enfants.

Comme la grand-mère voyait ses forces décliner jour après jour, elle devenait de

plus en plus inquiète : qui allait pouvoir s’occuper de ses petits lorsqu’elle ne

serait plus là?

 

Or, un jour, un jeune marchand, charmant, élégant, cultivé, qui passait par là,

entendit parler de la grand-mère et alla lui proposer son aide.

Elle lui demanda s’il pouvait conduire ses deux petits chez sa nièce, Clémence,

qui habitait au village de Saint-Clément au sud du pays.

 

Il lui promit de bien s’occuper de ses deux petits-enfants et de les conduire à bon

port. La grand-mère, soulagée, accepta l’offre du jeune homme et mourut peu

après. Avant de mourir, la grand-mère, qui était aussi un peu fée, avait promis à

ses petits-enfants :

- Mes enfants, comme vos pauvres parents, je vais aussi vous quitter

bientôt, mais ne craignez rien, je veillerai toujours sur vous. Lorsque vous

verrez la fée Clochette, vous saurez que je suis près de vous.

 

En mourant, elle se transforma en un minuscule oiseau-mouche qui ressemblait

beaucoup à la fée Clochette de l’histoire que la grand-mère avait l’habitude de

leur raconter.

 

Et le jeune marchand partit avec les deux enfants. Ce marchand, qui avait l’air si

gentil, s’appelait Brutus et portait bien son nom. Sous des dehors charmants, il

était en réalité très méchant et voulait se servir des enfants pour faire de l’argent.

Quelques jours plus tard, ils arrivèrent dans une ville qui semblait assez

prospère. Il y avait beaucoup de gens dans les rues et ce décor animé donna

une vilaine idée à Brutus. Il décida de faire mendier les enfants pour récolter un

peu d’argent.

 

Lorsque la fée Clochette vit cela, elle fut scandalisée, elle fit trois fois le tour de la

tête de Brutus et celui-ci se transforma en un petit laideron, bossu, manchot et

boiteux. Le plus laideron de tous les petits mendiants jamais vu dans tout le

pays, si laideron que du coup, les deux petits enfants de la grand-mère avaient

l’air mignons à côté de lui, si laideron que les gens de la ville ne donnaient

d’argent qu’à lui. Bien qu’il aimait bien recevoir l’argent, sa nouvelle apparence le

dégoutait et tout à coup, son plan lui sembla moins intéressant, il n’avait jamais

vu les choses sous cet angle et se trouvait fort malheureux. Il criait, pleurait,

demandait pitié, puis il entendit :

- Pis mon Brutus, ça te sonne-tu une cloche ça?

- Pitié, aidez-moi, je promets de ne plus jamais refaire ça!

- C’est bon, tout le monde peut faire des erreurs, l’important c’est que tu

apprennes de tes erreurs, mais gare à toi si tu recommences!

Brutus reprit sa taille normale et fila bien loin de cet endroit à toute vitesse

amenant les enfants avec lui.

 

Quelques jours plus tard, ils arrivèrent dans un village que Brutus connaissait

bien, il conduisit les enfants chez un homme qui ‘aimait bien’ les petits enfants,

il avait l’intention de les faire travailler pour qu’ils satisfassent les désirs de cet

homme pervers contre une belle somme d’argent.

 

Lorsque la fée Clochette entendit cela, elle fut horrifiée, elle fit trois fois le tour de

la tête de Brutus et celui-ci se transforma en petit garçon. Le plus mignon de tous

les petits garçons jamais vu dans tout le pays, si mignon que du coup, les deux

petits enfants de la grand-mère avaient l’air moches à côté de lui, si mignon que

le vieux monsieur n’avait d’yeux que pour lui. Tout d’un coup, son plan lui sembla

moins intéressant, il n’avait jamais vu les choses sous cet angle et se trouvait fort

malheureux. Il criait, pleurait, demandait pitié, puis il entendit :

 

- Pis mon Brutus, ça te sonne-tu une cloche ça?

- Pitié, aidez-moi, je promets de ne plus jamais refaire ça!

- Ah bon! Il me semble avoir déjà entendu ça quelque part! Tout le monde

peut faire des erreurs, l’important c’est que tu apprennes de tes erreurs, il

y en a qui apprennent plus lentement que d’autres, mais gare à toi si tu

recommences, ma patience a des limites!

 

Brutus reprit son apparence normale et fila bien loin de cet endroit à toute vitesse

amenant les enfants avec lui. Il commençait à devenir impatient et la charge des

enfants lui pesait de plus en plus, ses projets étaient sérieusement contrariés. Il

décida de s’en débarrasser une fois pour toutes, il décida de les vendre :

 Je ne veux plus vous voir, petits morveux! Vous ne m’apportez que la

poisse!

 

- Ah! tu ne veux plus les voir, s’indigna la fée Clochette, bien tu ne les

verras plus!

 

La fée Clochette fit trois fois le tour de la tête de Brutus et celui-ci devint aussitôt

aveugle, sourd et muet.

 

- Et nous n’entendrons plus tes méchancetés non plus, bien fait pour toi!

Depuis la mort de la grand-mère, celle-ci, en fée Clochette, veillait sur ces petits-

enfants de sorte qu’ils ne prirent jamais conscience de la méchanceté de Brutus.

Les pauvres enfants, désolés de l’infortune de Brutus, le prirent par la main et

continuèrent leur route pendant des jours et des jours en direction du village de

Saint-Clément. Tout au long de la route, Brutus pleurait, il regrettait sincèrement

toute sa méchanceté, et se laissait conduire par les enfants. Puis, un jour, ils

arrivèrent à Saint-Clément.

La bonne Clémence tenait une herboristerie au cœur du village, avec ses plantes

médicinales, elle avait aidé la plupart des villageois à se soigner de toutes sortes

de maux au cours des années. Aussi, elle était très connue et très appréciée de

tous, elle ne fut donc pas difficile à trouver. Les enfants se présentèrent à la

boutique. En entrant, une petite cloche accrochée à la porte, comme il est

courant dans les boutiques, retentit. Les enfants expliquèrent leur situation et lui

demandèrent si elle voulait bien les adopter. Ce qu’elle accepta bien volontiers.

Quant à Brutus, elle consentit à le soigner du mieux qu’elle put avec ses plantes.

Bien sûr, la grand-mère- fée continuait de veiller sur ses petits-enfants et quand

elle eut la ferme conviction que Brutus avait vraiment changé et que son cœur

était vraiment bon, elle fit trois fois le tour de sa tête et lui redonna la vue, l’ouïe

et la parole.

 

- Mon Brutus, chaque fois que tu entendras la cloche de la porte retentir, tu

te souviendras de ce que tu étais et de la promesse que tu as faite de

veiller sur ces deux petits.

 

La grand-mère- fée sema dans le cœur de Brutus et dans celui de sa chère nièce

une petite graine d’amour. Au fil des ans, à force de côtoyer Clémence, Brutus

devint aussi bon qu’elle, si bien que les villageois changèrent le nom de Brutus et

l’appelèrent Clément comme le bon patron de leur paroisse. Puis, la petite graine

d’amour germa, grandit si bien que Clément et Clémence se marièrent et

devinrent de merveilleux parents pour les deux petits et pour plusieurs autres

aussi. Et la grand-mère put enfin reposer en paix.

 

Clémence : Vertu qui consiste à pardonner les offenses, à atténuer les peines,

les châtiments qu’on devrait infliger. Ex : Souverain qui fait preuve de clémence.

 

Morale : Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse.

Published by Line Salvas